Et si agir sur les cellules environnantes de la tumeur, pouvait améliorer l’efficacité des traitements ? Le 14 septembre 2022, une équipe du SIRIC ILIAD spécialisée dans les cancers du sein, a publié un article scientifique allant dans ce sens.

Chez la femme, le cancer du sein est le cancer le plus fréquent et représente la première cause de décès par cancer1. Ces dernières années, avec le dépistage notamment, le pronostic de certains sous-types de cancer du sein s’est amélioré. Cependant, ce n’est pas le cas pour les sous-types les plus agressifs, qui résistent aux traitements actuels et demandent de nouvelles alternatives thérapeutiques.

Les cellules environnantes : les alliées des cellules cancéreuses

Un organe en général, y compris le sein, est composé d’une multitude de cellules différentes, dont des cellules épithéliales – qui deviennent cancéreuses pour le cancer du sein – et des cellules de soutien, parmi lesquelles figurent les fibroblastes.

« Dans le cancer du sein, les fibroblastes sont les composants majoritaires de la tumeur. Ils peuvent représenter jusqu’à 70% de la masse tumorale. » Frédérique Souazé, chargée de recherche INSERM

Les cellules cancéreuses ne sont pas isolées, mais au contraire interagissent avec les cellules voisines ou environnantes. En effet, elles modifient leur environnement et activent les fibroblastes, qu’on appelle dès lors « fibroblastes associés au cancer » ou plus simplement CAFs. Il en existe de plusieurs types, dont les myofibroblastes, qui aident les cellules cancéreuses à se développer et participent à la progression de la tumeur.

Cellules épithéliales : Cellules spécialisées qui composent l’épithélium (couche de tissu qui recouvre les surfaces externes – peau et muqueuse des orifices – et internes – tube digestif et glandes – de l’organisme). Dans le cas du sein, ce sont les glandes mammaires.

MCL-1 : l’outil de survie des cellules cancéreuses et des CAFs

L’équipe de recherche du SIRIC ILIAD a précédemment montré que les CAFs renforcent les cellules cancéreuses en jouant sur leur système de survie. Pour échapper à la mort cellulaire induite par les traitements ou le système immunitaire, les cellules cancéreuses disposent de facteurs. C’est en augmentant la présence de l’un d’eux, MCL-1, dans les cellules cancéreuses que les CAFs participent à la résistance aux traitements. Néanmoins, les cellules cancéreuses ne sont pas les seules à exprimer ce facteur :

« Les CAFs expriment eux aussi MCL-1, ce qui favorise leur propre survie et celle des cellules cancéreuses. » Frédérique Souazé

Des équipes de recherche du SIRIC ILIAD se sont intéressées plus spécifiquement aux rôles de MCL-1 dans les fibroblastes associés au cancer du sein et à leur impact sur dans la résistance des cellules cancéreuses aux traitements. Ces équipes de recherche rattachées au CRCI²NA et à l’Institut de Cancérologie de l’Ouest (ICO), se placent comme les seules équipes au monde à travailler sur le rôle de MCL-1 dans les CAFs. Les résultats de leur travail ont été publiés dans un article scientifique le 14 septembre 2022 dans la revue Cell Death & Disease.

Détruire les CAFs …

« Des études précédentes ont mis en évidence que plus il y a de CAFs, plus le pronostic de la maladie est mauvais » Frédérique Souazé

La première hypothèse des chercheurs était alors de détruire les CAFs et les cellules tumorales, en utilisant un antagoniste de MCL-1, une molécule empêchant l’action de MCL-1. Etonnamment, cet antagoniste n’a eu que peu d’effet sur la mort des CAFs.

Antagoniste : Molécule bloquant ou diminuant l’effet physiologique d’une autre molécule.

… Ou s’en faire des alliés ?

En revanche, même si les CAFs n’ont pas été détruits, ils ont été « désactivés », ou plus simplement : ils ont perdu leur capacité à aider les cellules cancéreuses.

« En réalité, l’important n’est pas de détruire les CAFs, mais de les désactiver ou d’empêcher leur activation, pour rompre le dialogue avec les cellules cancéreuses. » Frédérique Souazé

Ces résultats montrent un rôle inattendu de MCL-1 dans l’activation des CAFs et leur fonction de soutien aux cellules cancéreuses. La prochaine étape pour l’équipe de recherche du SIRIC ILIAD, sera de mieux comprendre comment MCL-1 parvient à modifier et « activer » les fibroblastes.

A terme, tout l’enjeu de cette recherche consiste à améliorer la réponse aux traitements, en considérant le cancer du sein, non pas comme un amas de cellules cancéreuses, mais comme un écosystème sur lequel on peut agir.

Merci à Frédérique Souazé et Chloé Lefebvre pour leur aide dans la rédaction de cet article et un grand bravo à l’ensemble des équipes de recherche :

  • Thomas Bonneaud, Chloé Lefebvre, Lisa Nocquet & Hugo Weber, Doctorants et étudiants au CRCI²NA
  • Agnès Basseville, Chercheure à l’ICO
  • Julie Roul, Technicienne ICO affectée de recherche au CRCI²NA
  • Mario Campone, Professeur universitaire, Praticien hospitalier et directeur de l’ICO
  • Philippe Juin, Chercheur et directeur du CRCI²NA
  • Frédérique Souazé, Chercheure au CRCI²NA

Pour lire la publication scientifique : https://www.nature.com/articles/s41419-022-05214-9

1Santé publique France – http://www.santepubliquefrance.fr/

²Institut National du Cancer – http://www.e-cancer.fr/

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