Etudier les inégalités sociales dans les cancers du sein tels sont les objectifs des travaux dirigés par Florence Molinié au sein du programme SICAJOB

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Mieux comprendre les inégalités sociales pour améliorer la prise en charge des patientes défavorisées : c’est l’objectif que se sont donnés Florence Molinié et son équipe du Registre des Cancers de Loire-Atlantique/Vendée pour ce nouveau projet du SIRIC. Les travaux publiés par Claire Delacôte dans la prestigieuse revue British Journal of Cancer nous éclairent sur les enjeux de cette thématique

Chez la femme, le cancer du sein est le cancer le plus fréquent et représente la première cause de décès par cancer1. Ces dernières années, avec l’amélioration des prises en charge thérapeutiques et diagnostiques (notamment la mise en place du programme de dépistage organisé chez les 50-74 ans), le pronostic du cancer du sein s’est amélioré. Cependant des inégalités sociales persistent.

En effet, deux précédente études françaises² incluant plusieurs Registre des cancers français, dont le Registre des cancers de Loire-Atlantique/Vendée, dirigé par Florence Molinié, ont montré que les inégalités sociales avaient un impact sur le cancer du sein :

« Les patientes défavorisées survivent moins bien que les autres patientes. »

Claire Delacôte, chercheuse en épidémiologie

L’une des raisons qui pourrait expliquer ce phénomène, est le stade de la maladie au diagnostic. Les personnes défavorisées ont tendance à être diagnostiquées plus tardivement et donc à un stade plus avancé, ce qui a inéluctablement un effet sur le pronostic de la maladie.

Mieux comprendre ces inégalités sociales : une étude unique en France

Mais ces inégalités sont-elles uniquement dues au stade de la maladie au diagnostic ? L’effet de la défavorisation existe-il toujours après la prise en compte du stade au diagnostic ?  C’est à ces questions que Claire Delacôte, chercheuse en épidémiologie, et l’équipe du Registre ont essayé de répondre.

« C’est une étude inédite en France, nous sommes parmi les premiers à pouvoir travailler finement sur cette question. » Claire Delacôte

Le registre des cancers de Loire-Atlantique/Vendée…

Pour réaliser cette étude, Claire a pu se baser sur les forces du Registre des cancers de Loire-Atlantique Vendée. Le Registre enregistre de façon permanente et exhaustive tous les nouveaux cancers diagnostiqués chez les personnes résidant dans les départements de Loire-Atlantique et de Vendée au moment du diagnostic grâce à un réseau de partenaires publiques et privés. Ainsi les données recueillies sont de qualité, exhaustives et sans biais. Cela est rendu possible grâce à une équipe multidisciplinaire, composée de techniciens de saisie, d’enquêteurs, de statisticiens, de chercheurs et de médecins, qui veille au bon déroulement du processus. Claire a ainsi utilisé les données anonymisées de plus de 12 000 femmes ayant eu un diagnostic de cancer du sein entre 2008 et 2015, dont le stade de la maladie au diagnostic, le mode de diagnostic ou encore le niveau socio-économique.

… apporte des premiers éléments de réponses

Les premiers résultats de cette étude, indiquent que les différences de survie observées chez les patientes défavorisées s’expliquent en partie par le stade au diagnostic, mais pas totalement.

« Même si on ajuste la survie sur le stade au diagnostic (pour effacer les effets du stade), il reste encore des différences inexpliquées de survie entre les patientes défavorisées et celles qui ne le sont pas. » Claire Delacôte

Pour faire simple, une part des inégalités de pronostic s’explique par le stade au diagnostic et une autre s’explique par d’autres facteurs qui restent encore à déterminer.

« De multiples facteurs peuvent influencer le pronostic de la maladie. Tous sont imbriqués entre eux, ce qui complexifie les études. » Claire Delacôte

Il est difficile d’identifier précisément les facteurs impliqués grâce aux données recueillies par le registre :

« Les données du Registre ne comprennent pas les caractéristiques personnelles des patientes (habitudes de vie, autres maladies s’ajoutant au cancer, soutien de l’entourage, activité professionnelle …), ni les données d’accès et d’offres de soins des territoires, qui pourraient entrer en jeu. » Claire Delacôte

Comprendre ces inégalités : pour améliorer l’accompagnement des patientes défavorisées

Cette étude, même si elle n’explique pas tout, a permis d’apporter les premiers éléments de réponses. Si les données du Registre ne permettent pas d’aller plus loin à elles seules, le croisement avec d’autres bases de données, comme celle du SNDS (Système National des Données de Santé) pourra permettre de déterminer si l’existence d’autres maladies et les différences dans l’offre et l’accès aux soins peuvent expliquer une partie des inégalités observées et encore inexpliquées.

Tout l’enjeu de cette recherche réside dans le développement d’interventions (comme les cabinets mobiles de mammographie) et d’accompagnements adaptés pour les patientes défavorisées.

« Notre rôle est d’informer et d’alerter les acteurs publics afin d’accompagner ces femmes et d’améliorer leur survie » Claire Delacôte

1Santé publique France – http://www.santepubliquefrance.fr/

²Socioeconomic environment and disparities in cancer survival for 19 solid tumor sites: An analysis of the French Network of Cancer Registries (FRANCIM) data Laure Tron and coll IJC 2019

How do age and social environment affect the dynamics of death hazard and survival in patients with breast or gynecological cancer in France? Marie Poiseuil and coll IJC 2021

Lire la publication : https://www.nature.com/articles/s41416-022-02024-w

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